Dimanche 24 juillet 2011 7 24 /07 /Juil /2011 11:12

 

SOUTH STREET SEAPORT 2

 

 

Les Etats-Unis. Nul ne peut nier l’influence de ces deux mots sur l’inconscient collectif et les volutes de rêves que ceux-ci ont pu distiller dans notre ciel d’enfance. Et lorsqu’enfin les circonstances de la vie nous arriment  aux rivages de cette jeune nation, que reste-il de ce sentiment de plénitude infinie ? Pour ma part, le périple new yorkais accompli a été « bigger than life » et j’ai trouvé en terre américaine bien plus que je n’en attendais.

 

New York, terre d’asile des « immigrants ». New York berceau de la multiculture et de la liberté.  Mais New York n’est pas représentative des Etats-Unis. Elle est la plus européenne des filles de l’Amérique. Elle est l’exception, l’îlot singulier d’une vaste nation dont elle n’est en rien le miroir, si ce n’est dans le gigantisme de ses structures. Son âme est européenne et sur chaque pierre de ses murs s’inscrit l’histoire de ceux qui ont quitté le vieux continent pour un avenir plus clément. New York est en effet l'un des rares endroits au monde où les étrangers peuvent réinventer leur vie. Le brassage ethnique confère à la Cité de l'Altantique une curiosité pour l'inconnu, un désir permanent d'en apprendre davantage sur autrui, ce qui fait d'elle une exception culturelle dans une Amérique globalement protectionniste.

 

"New York porte en elle son propre pouvoir poétique" écrit à juste titre Jerome Charyn. Tout est susceptible d'arriver dans ce monde peuplé de figures hautes en couleur où l'improbable peut devenir à tout moment réalité. C'est cette magie de New York que je souhaite partager avec vous. C'est aussi le New York éloigné des images qu'il nous est habituellement données de voir que je vous convie à découvrir ici. Une ville célébrant ses racines et sa culture sans frontière à travers des lieux dont on parle peu, et de manière purement anecdotique ou factuelle. Des lieux qui nous évoquent l'âme de New York et murmurent à nos oreilles les histoires poignantes du passé sur lesquelles cette cité a su se construire au présent.

 

Texte et photo:     Brigitte MAROILLAT

Par OverBlog - Publié dans : NEW YORK A DECOUVRIR
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Dimanche 31 juillet 2011 7 31 /07 /Juil /2011 11:26

 

BROOKLYN BRIDGE

  

 

Il nous est habituellement donné de voir New York à travers le prisme des discours qu’on nous tient. New York prend corps dans notre esprit par des lieux d’attraction touristique (la Statue de la Liberté, l’Empire State Building) et des imageries populaires (les taxis jaunes, les marchands de rues). New York nous est souvent présentée comme le symbole du capitalisme triomphant dont Wall Street serait l’éclatante vitrine. New York nous est également décrite comme une ville empirique qui se serait construite sans cohérence, dans l'écrin d'une architecture aux airs de Grand Carpharnaum et ce, sans égard pour l'environnement. Mais il y a la cité qui nous est montrée, et celle qu’on découvre. Et les perceptions et perspectives s’en trouvent terriblement bouleversées. Les clichés s’effacent, les figures imposées par les lieux communs s’effondrent.

 

Promenez-vous à New York les yeux rivés vers le ciel et vous découvrirez que ses structures, bien qu'hétéroclytes, ont été étudiées et pensées, tant dans leurs physionomies que leurs couleurs, en harmonie avec les nombreux espaces naturels dont la ville est très fière et sur lesquels elle veille jalousement.  Mais nous reviendrons sur ce sujet plus longuement.

P1000174New York, temple du capitalisme, dit-on...Déambulez dans Manhattan, qui serait l’antre de tous les excès. En réalité, vous n’y trouverez pas les signes ostentatoires de richesses que laissent supposer les propos distillés en terres du monde. Vous y croiserez des gens certes affairés qui vont travailler mais attentifs à ce qui les entourent. Dans cette dynamique constante, cette pulsation perpétuelle qui animent la ville, les New Yorkais vivent le regard tourné continuellement vers l’extérieur. Ils vous accordent leur attention. Quand vous vous arrimez aux rives New Yorkaises, vous n’entrez pas en terres d’anonymat. Les New Yorkais vous font l’offrande de leur bienveillance et leurs repères dans la ville deviennent rapidement les vôtres. A Manhattan (comme ailleurs dans New York) vous découvrirez des lieux rares dont on parle peu, véritables bulles d’oxygène, où lorsqu’on y pénètre, le temps est comme suspendu. Entrez à Trinity Church et accordez-vous une pause musicale en plein coeur de Wall street.

TRINITY CHURCH

Profitez de la quiétude d’une place confinée, près de  Federal Hall, à l’ombre de géants flamboyants de verre et d’acier qui veillent sur cet espace de paix illuminé de la présence d’une sculpture de Buffet.

COUR INTERIEURE

Gravissez les marches du Musée National de la civilisation Indienne (The National Museum of the American Indian) dont on pourrait s’étonner de l’existence dans le Royaume supposé du capitalisme débridé. Et pourtant, le cœur palpitant de la culture amérindienne est à New York.

MUSEUM AMERICAN INDIAN

Ce lieu à la beauté rare, tant dans les expositions présentées que dans le décorum du bâtiment lui-même, est un hymne émouvant et digne aux traditions ancestrales portées par des « native americans » dont l’accueil vous touchera. Mais nous reviendrons en ce lieux unique plus longuement...

 

New York est rarement présentée telle qu’elle est vraiment : une ville attachée à ses origines qui célèbre ses racines. Le passé est partout mais New York n’en est pas pour autant une ville-musée. C’est en réalité une ville-mémoire qui nous parle sans cesse de celles et ceux qui sont venus de la Vieille Europe et ont nourri cette cité de leur diversité. A la pointe de New York, un parc s’ouvre sur l’Océan, bras tendus vers les immigrants qui débarquaient jadis de terres éloignées à la rencontre de leur avenir. Battery Park, tel est son nom, nous narre leur histoire. 

 

Texte et photos:     Brigitte MAROILLAT

Par carnet-de-voyage - Publié dans : NEW YORK A DECOUVRIR
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Dimanche 31 juillet 2011 7 31 /07 /Juil /2011 11:44

 

BATTERY PARK

 

 

Pour accéder à Lady  liberty et à Ellis Island, il nous faut, pour rejoindre les ferries qui nous conduiront vers ces mythiques places, traverser un espace qui est aujourd’hui un parc et qui fut, au temps des immigrants, une zone à débarcadères : Battery Park. Ce lieu de quiétude à la pointe de Manhattan, poumon vert dominé par les buildings de verre et d’acier, est la première terre que foulèrent les immigrants débarqués d’Ellis Island, forteresse administrative des flux migratoires, qui accueillait ou rejetait les enfants d’Europe venus avec leurs rêves de nouvelle vie.

 

Dans ce parc, l’histoire nous guette.  La Sphère, de Fritz Koenig qui trônait jadis entre les deux tours jumelles, œuf cabossé et érodé par les flammes,  mais vivante mémoire de ceux qui ne sont plus, nous attend sur un parterre gazonné. SPHERE1Plus loin, en bord de mer, des statuts de bronze représentent l’épisode glorieux du sauvetage, par ses compagnons d’arme, d’un pilote à la dérive sur les eaux houleuses de l’atlantique. BATTERY STATUE SAUVETAGE 2Mais le témoignage le plus poignant de l’héritage du passé demeure The Immigrants Statue.  Cette sculpture en bronze de Luis SANGUINO représente cinq personnages à la posture et aux expressions saisissantes se tenant là aux portes de Manhattan, les yeux rivés sur la ville.  Il y a là un juif d’Europe de l’Est, se prosternant, mains ouvertes, sur le sol de la Terre Promise du Nouveau Monde. A ses cotés, un jeune travailleur serrant dans ses bras sa femme et son enfant, debout, volontaire, prêt à affronter un dur labeur. Un vieil homme venu d’Orient, valise à la main, au regard fier et stoïque, contemplant plein d’espoir ce refuge offert à ses vieilles années. Un esclave à genoux, brisant une seconde fois ses chaines, avec rage et détermination, les bras tendus vers l’immensité de cette terre de liberté. IMMIGRANTS3Tous véhiculent le même sentiment dans le ciel de leurs regards, dans l’intensité de leurs gestes. Ils sont au seuil de leur lendemain, ils s’apprêtent à franchir la porte de l’espoir avec pour tout bagage, leur passé, leur énergie, leur opiniâtreté mais aussi leurs doutes devant ce saut dans l’inconnu. En regardant ces personnages de bronze plus vivants que nature, chacun incarnant une figure représentative des immigrants, on est saisi d’émotions. Le processus d’identification, par le réalisme de l’œuvre d’art, opère. Il opère d’autant plus qu’en tant que visiteurs étrangers nous sommes traversés par des ressentis identiques aux personnages, en portant notre regard dans la même direction qu’eux. Un regard tourné vers le gigantisme grandiose de Manhattan sur lequel Battery Park est une fenêtre ouverte. IMMIGRANTS5Le processus d’identification se trouve encore amplifié si, tout comme nos personnages, nous venons tout juste de débarquer d’Ellis Island. La visite guidée de ce lieu nous conduit à vivre les mêmes émotions que celles qui animaient les immigrants quand ils pénétrèrent pour la première fois en terres d’Amérique. Cette visite nous donnent à entendre leurs pleurs, leurs cris, leurs rires comme si nous étions à leurs côtés. Nous ressentons alors au plus profond de nous, par tous les sens de notre être,  dans le brouhaha de la grande salle, les peurs et les espoirs de ces hommes et de ces femmes. Mais ceci est une autre histoire, celle d’Ellis Island.

 

Texte et photos:   Brigitte MAROILLAT 

Par carnet-de-voyage - Publié dans : NEW YORK A DECOUVRIR
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Jeudi 4 août 2011 4 04 /08 /Août /2011 19:58

 

ELLIS ISLAND10 

Ce qui nous est donné à lire dans les guides touristiques à propos d’Ellis Island est loin de ce dont la réalité nous fait l’offrande de voir. Il nous est, en général, exposé de manière factuelle et sans âme, l’historique de cette forteresse administrative qui accueillit en son sein les immigrants des secondes et troisièmes classes des navires en provenance d’Europe. Mais ces guides touristiques ne nous disent rien des luttes de survie, des espoirs, des cris, des pleurs et des rires qui résonnent encore dans ces lieux. C’est précisément ces vibrations humaines que la visite de l’île nous convie à revivre au plus profond de nous. Le visiteur se trouve plongé dans les conditions même de l’arrivée des immigrants et découvre alors ce qu’ils ont vu, entendu, ressenti, lorsque ceux-ci ont franchi les lourdes portes d’Ellis Island.

 

Ellis Island jouissait d’une image contrastée auprès des nouveaux arrivants. Les examens médicaux, dont la réputation redoutée avait traversé l’Océan Atlantique, ainsi que le temps de rétention conséquent, nourrissaient les craintes et exacerbaient les peurs. Comme les immigrants, nous débarquons en bateau. Comme eux, nous découvrons Ellis Island en visiteurs d’ailleurs. Comme eux, nous sommes impressionnés par l’immensité des lieux. ELLIS ISLANDDans le hall d’accueil, se dressent des panneaux représentant des instantanés de vie. Celle des immigrants, photographiés sur le vif, à leur arrivée en terre promise. Sous ces panneaux, sont entassés des bagages d’époque, ceux oubliés par ceux qui ont été refoulés de la terre américaine après les tests d’usage. ELLIS ISLAND1Avant d’emprunter l’escalier principal menant au Great Registrery, il est possible de consulter des bornes électroniques mises à la disposition du public. Celles-ci répertorient le nom de tous les immigrants qui sont passés par Ellis Island entre 1882 et 1941. Les visiteurs se pressent autour de ces registres d’une autre ère qui contrastent avec le poids de l’histoire dont sont empreints les lieux. Ils cherchent un parent, un aïeul, ou les ascendants d’amis ou de relations. Cent millions d’américains comptent parmi leurs ancêtres des immigrants passés par Ellis Island. En 1907, année marquée par une vague sans précédent d’arrivées, plus d’un million d’immigrants débarquaient sur l’île dont les trois quart provenaient d’Italie, de Russie et d’Autriche-Hongrie. ELLIS ISLAND2Une fois gravi, l’escalier principal conduit le visiteur au Great registrery, l'immense Salle des Enregistrements parée, de part et d'autre, de deux drapeaux américains. Au fond de cet impressionnant espace, deux pupitres auxquels s’installaient des fonctionnaires en uniforme bleu nuit qui notaient les noms, prénoms, date de naissance, lieu de provenance, langue parlée de chacun des immigrants. ELLIS ISLAND9Dès son entrée, le visiteur est plongé dans le brouhaha qui régnait dans cette salle où les immigrants formaient une marée humaine qui déferlait, par vagues successives, jusqu’aux pupitres des hommes en bleu. Le visiteur peut se prêter, s’il le souhaite, aux questions telles qu’elles étaient posées aux immigrants et une fiche signalétique lui est alors remise en témoignage de son passage sur Ellis Island.

 

Soudain, retentit à nos oreilles un coup de sifflet strident. A ce signal, nous sommes conviés à pénétrer dans les couloirs latéraux. Arrive alors l’heure de la visite médicale et l’examen du crochet à bouton tant redouté parmi les immigrants. Cet examen consistait à détecter le trachome, qui est une maladie contagieuse de dégénérescence de l’œil et qui a l’époque laissait subodorer une prédisposition du sujet aux maladies mentales. Les maladies mentales, étaient la hantise, et tout air suspect, le moindre ahurissement,  était détecté comme telles. Les immigrants dont le cas était sujet à caution de par leur état de santé, établi ou supposé, ou leur passé douteux (comprenez criminel ou anarchiste) voyaient le revers de leur vêtements marqué d’une croix blanche tracée à la craie. Ils étaient alors entendus dans la salle des auditions dite « the Hearing Room » ELLIS ISLAND4La visite nous conduit devant ladite Hearing room que nous ne pouvons contempler qu’à travers la vitre de sa porte d’accès (le lieu étant conservé en l’état, il ne pourrait pas résister à l’épreuve de trop nombreuses visites in situ). Sa physionomie est proche de celle d’une salle d’audience d’un tribunal. Il pouvait s’écouler plusieurs heures avant d’être auditionné. ELLIS ISLAND5Les immigrants à la veste maculée d’une croix blanche, attendaient donc leur tour  assis côte à côte dans le box de ce tribunal de l’immigration. On imagine l’angoisse qui fut la leur d’assister aux auditions de leurs compagnons d’infortune en se demandant s’ils connaitraient le même sort, heureux ou malheureux, selon les cas. ELLIS ISLAND6La visite nous donne d’ailleurs à entendre la voix de ceux qui ont vécu l’épreuve de l’attente devant la Hearing room. Leurs témoignages sont saisissants d’émotion. Suite à leur audition, les immigrants dont les cas étaient considérés comme les plus problématiques par les autorités administratives, se voyaient décerner une carte jaune marquée des initiales S.I. Leur sort était alors décidé par un « board of special inquiry » que l’on peut traduire par bureau d’enquête spéciale. Il existait trois bureaux à Ellis Island et chacun d’eux pouvait procéder à une centaine d’auditions par jour.

 

Au regard du temps nécessaire aux examens, auditions et investigations, il pouvait s’écouler plusieurs mois entre le moment où les immigrants arrivaient sur Ellis Island et celui où ils quittaient l’île pour Manhattan. En dépit des craintes et des doutes que faisait naître l’incertitude de cette attente, la vie en communauté s’organisait sur l’île, recréant ainsi une certaine normalité dans un contexte qui ne l’était pas, à travers les repas de fêtes, la musique ou les chants.

 

C’est précisément toute la palette des émotions qui traversaient les candidats au Nouveau Monde dont cette visite nous fait l’offrande. Quand le voyage dans le bâtiment principal s’achève, on ressort ébranlé, bouleversé. Il nous faut alors quelques minutes pour reprendre le cours du temps et le fil de notre existence. Nous attend alors la visite des jardins de l’île et nos pas nous conduisent au « Wall of Honor » qui porte les noms de milliers d’immigrants qui sont passés par Ellis Island. Au sud de l’ile, les bâtiments hospitaliers sont à ce jour interdits au public du fait de leur état de dégradations avancé et attendent toujours une réhabilitation digne de leurs rôles dans l’histoire des Etats-Unis.ELLIS ISLAND7«Island of hope, island of tears », tel était surnommée Ellis Island par les immigrants. Des larmes, pour ceux qui furent rejetés dans les bras de leur mère patrie, berceau de leurs souffrances, tuant dans l’œuf ce qu’il leur restait de foi en l’avenir. De l’espoir, pour ceux qui furent admis en terre américaine, un espoir néanmoins teinté de doutes face à l’inconnu d’un futur offert par une vaste Nation. ELLIS ISLAND8

Désormais, où aller, que faire ? Telles sont les interrogations qui assaillent les nouveaux venus. Sur les seize millions d’immigrants entrés aux Etats-Unis entre 1882 et 1924, le tiers n'est jamais allé au-delà de New York. Leur vie fut intiment liée à la Cité de l’Atlantique et notamment à un quartier où ils furent parqués mais dont ils construisirent l’histoire. Le Lower East Side, prochaine étape de notre voyage en terre new yorkaise.

 

Texte et photos:   Brigitte MAROILLAT

Par carnet-de-voyage - Publié dans : NEW YORK A DECOUVRIR
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Vendredi 5 août 2011 5 05 /08 /Août /2011 12:18

 

JFK“The contribution of immigrants can be seen in every aspect of our national life. We see it in religion, in politics, in business, in the Arts, in education, even in athletics and in entertainment. There is no part of our nation that has been touched by our immigrant background“

Lorsque mes pas m’ont conduit au numéro 108 d'Orchad street dans le Lower East Side, un ouvrage m’attendait sur l’une des étagères de ce lieu unique qu’est le Tenement Museum. La présence en ces lieux de ce livre n’était nullement incongrue, son titre faisant référence à l’essence même du musée : l’histoire des immigrants. Plus étonnant fut en revanche de découvrir le nom de son auteur : John Fitzgerald Kennedy. J’ignorais pour ma part que JFK, alors qu’il était encore Sénateur du Massachussets, s’était livré à l’exercice hautement risqué de l’essai socio-politique. Mais bien peu de personnes connaissent l’existence de ce livre qui fut publié, à titre posthume, et hélas occulté par l’affaire de l’assassinat du Président.   

 

Il fallut une nouvelle édition de l’ouvrage en 2008, telle que proposée par le Tenement Museum, pour enfin pouvoir découvrir ou redécouvrir les écrits du jeune JFK. Préfacé par Edward M. Kennedy, A Nation of Immigrants offre la vision de John F. Kennedy sur les apports fondamentaux des immigrants analysés à l’aune des principaux évènements qui ont marqué l’histoire de l’immigration aux Etats-Unis.

 

Issu lui-même d’une famille d’immigrants irlandais, John F. Kennedy s’est très tôt passionné pour la genèse  de son pays. Dans le livre, il démontre que les immigrants ont  apporté aux Etats-Unis à la fois de fortes traditions ancestrales et une audace et une modernité dans leur façon d’explorer la vie au fil des difficultés. Il y eut en effet des larmes, beaucoup de larmes, mais jamais sans les rires. C’est d’ailleurs un des enseignements de  la visite des tenements : les conditions de vie étaient déplorables mais survivre ne pouvait se concevoir sans joie, sans amour, sans musique. 

 

L’auteur s’attache avec raison à cette capacité à endurer les souffrances que les immigrants ont amenée avec eux d’Europe et qui fut, selon lui, un moteur de construction et de survie des Etats-Unis. L’histoire l’a montré. Les Etats-Unis ont trouvé la force de se relever après chaque évènement tragique qui les ont frappés. Des évènements qui faisaient prédire au monde, et surtout au Vieux Continent qui avait donné tant d’enfants à l’Amérique, que cette fois, celle-ci ne survivrait pas.

 

Il en fut ainsi de la guerre civile, de la grande dépression, des attaques terroristes. « Le colosse aux pieds d’argile » (combien de fois avons-nous entendu cette expression…) allait s’effondrer et disparaître. Ce fut oublié que le « colosse » aux pieds délicats a en réalité de solides fondations qui trouvent leur essence dans cette opiniâtreté des immigrants, leur aptitude innée à se rassembler, au-delà de leur diversité, autour du sentiment profond de constituer une Nation.

 

La relecture de cet ouvrage apparaît salvatrice en ces temps où les questions d’intégration et d’identité nationale font rage au point d’en oublier l’homme lui-même. Pour John F. Kennedy, et l’Amérique en offre l’éclatante illustration, il ne s’agit pas d’une question de religion, de conviction mais d’une question humaine où la notion de Nation tient une place fondamentale. La diversité est une force pas un facteur de division. La diversité nourrit le sentiment de Nation dès lors que l’Etat inspire des valeurs laïques suffisamment fortes pour que les diverses composantes du pays y adhèrent au-delà de leur propre culture.

 

Le livre de John F. Kennedy offre là une véritable vision de l’immigration à hauteur d’homme. Un ouvrage à redécouvrir d’urgence.

 

Texte:   Brigitte MAROILLAT

Par carnet-de-voyage - Publié dans : SOCIETE
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